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Une jeunesse au temps de la shoah-Simone Veil

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Une jeunesse au temps de la shoah-Simone Veil

Présentation

Le Livre de poche ,
collection Le Livre de poche, (septembre 2010)

Edition annotée par Isabelle Hausser

192 pages

Date de parution: 01/09/2010

Editeur d’origine: Stock 

« L’idée d’extraire de ma biographie les quelques passages qui peuvent être regardés comme d’utile pédagogie vis-à-vis de la jeunesse d’aujourd’hui m’a paru séduisante. » S. V.

Commentaires et analyses

Une jeunesse au temps de la Shoah : Mise à distance des sentiments de la douleur dans une impressionnante leçon de courage et d’espoir.

Une jeunesse au temps de la Shoah, est une édition pédagogique qui couvre la période 1927-1954 et qui regroupe les quatre premiers chapitres d’Une vie, roman autobiographique, écrit par Simone Veil.

I une enfance niçoise

II La nasse

III L’enfer

IV Revivre

ces quatre chapitres inscrivent le roman dans le schéma de la représentation mémorielle : l’avant Auschwitz, Auschwitz et l’après Auschwitz.

Simone Veil recourt au pouvoir du verbe et de la parole pour répondre à un besoin existentiel de remémoration. Comme toute personne ayant vécu les horreurs de l’Holocauste, les réminiscences du passé agissent comme un acte de refus éthique contre les formes de l’oubli et de l’effacement mais aussi comme un acte de conservation de soi devant les marques indélébiles du temps. Peut-on retrouver une vie «normale» quand on coexiste trop longtemps avec la mort ou quand on se lie d’amitié avec la douleur pour signer toute rupture avec les traces oubliées de la vie?

Dès les premières pages, j’ai pu remarquer, derrière l’ordre apparent, une confusion temporelle et spatiale qui traduit une grande anxiété face au passage du temps et aux changement des lieux.

Le premier chapitre qui s’intitule «une enfance niçoise», nous plonge dans une ambiance familiale tendre et joyeuse. Ce retour dans l’enfance heureuse est nécessaire pour Simone Veil, voire même vital. Les photos de son enfance, bien gardées tel un trésor sont là pour donner une touche de tendresse à une mémoire traumatique.

«Les photos conservées de mon enfance le prouvent : nous formions une famille heureuse. Nous voici, les quatre frères et sœurs, serrés autour de Maman; quelle tendresse entre nous! Sur d’autres photos, nous jouons sur la plage de Nice, nous fixons l’objectif dans le jardin de notre maison de vacances à La Ciotat, nous rions aux éclats, mes sœurs et moi, lors d’un camps d’éclaireuses…On devine que les fées s’étaient penchées sur nos berceaux. Elles avaient noms harmonie et complicité. Nous avons donc reçu les meilleures armes pour affronter la vie»

Simone Veil laisse parler l’enfant qui sommeille en elle, ce qui n’est pas nécessairement motivé par un désir de régression mais plutôt par un besoin vital de préservation de la fraîcheur et de la sécurité de ses premières années. La «Maman» au milieu est la matrice protectrice et humaine, capable de débarrasser le centre de la mémoire de ce passé tragique, qui fait de Auschwitz le centre du contre humanisme européen.

Le champ sémantique du bonheur de cette enfance niçoise passée entre rire aux éclats, harmonie et complicité agit comme un mécanisme de distanciation face à la douleur d’un passé plus récent et plus présent dans une mémoire collective.

Nous pouvons remarquer une redondance du pronom personnel sujet «nous» qui nous place au sein d’une communauté juive prospère et bien soudée. C’est de la force de cette union que se déploie la force des meilleures armes pour combattre la vie et la vie-fantomatique de l’après-mort.

L’appartenance de la famille Jacob à la communauté juive est la représentation avant tout d’une appartenance culturelle et intellectuelle.

«À ses yeux, si le peuple juif demeurait le peuple élu, c’était parce qu’il était celui du Livre, le peuple de la pensée et de l’écriture»

«Les juifs et les aristocrates sont les seuls qui savent lire depuis des siècles, et il n’y a que cela qui compte»

Simone Veil se décrit malgré la non-existence traumatique, comme l’enfant favorite de ses parents, de ses professeurs et plus tard comme la miraculée d’Auschwitz et la protégée d’un destin trop cruel; du moins c’est l’image qu’on cherche à lui coller ou plutôt la version allègre après tant de peine qu’elle cherche, elle-même, à préserver dans son âme d’enfant, une enfant qui ne voulait être que près de «maman».

« Moi-même, sans être bonne élève, j’étais souvent le «chouchou» des professeurs.»

«cette image d’enfant favorite, voire un peu capricieuse, m’a longtemps collé à la peau. À tel point qu’à notre retour de déportation, lorsque ma sœur aînée a revu une amie, celle-ci a eu l’inconscience de lui lancer : « j’espère qu’au moins la déportation aura mis un peu de plomb dans la cervelle de Simone! Lorsque Milou m’a rapporté la réflexion, j’ai été abasourdie. Quelle bizarre époque que ces années-là, où les gens n’avaient pas toujours conscience de l’impact de leurs propos. Pourtant, cette amie ne pouvait ignorer ce que nous avions vécu là-bas. Voulait-elle, comme tant d’autres, nier la réalité parce que celle-ci lui était insupportable? Peut-être, mais en dépit de l’indulgence dont je suis capable, les remarques de ce genre n’appartiennent pas à la catégorie de celles que j’oublie volontiers.»

Derrière cette image d’enfant protégée, se cache toute la force et la lucidité de Simone Veil, une femme libre, car capable de garder son esprit critique et son attitude contestataire de future militante, une femme forte, car capable de préserver son existence comme une élue même dans le camp de la non distanciation existentielle entre les êtres, une femme courageuse, car capable de se laisser emporter par les vagues de la vie au milieu du courant carcéral de la mort.

Pour toute personne qui a vécu l’expérience traumatique de la mort, revenir à la vie devient plus pénible et douloureux que mourir. Il faut avoir du courage pour ne pas se laisser piéger par la culpabilité et l’auto-compassion. Orienter ses souvenirs, pour se ressourcer dans l’innocence de l’enfance, est une très solide arme, que Simone Veil a su saisir, pour nous donner une très belle leçon de courage et d’espoir.

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