Le coin littéraire

En busca de klingsor – Jorge volpi Stratégies parodiques et discours scientifique

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En busca de klingsor – Jorge volpi

Stratégies parodiques et discours scientifique

« Mehr Licht ! »

«¡Basta de luz!»

Passionné de musique et de science, Jorge Volpi, promène son lecteur dans un récit d’érudition où réalité et fiction s’entremêlent pour questionner l’existence de la conscience du « yo » et du « yo » de la fiction. Le moi fictif de l’écrivain, qui prend vie dans un autre monde imaginaire, par analogie au notre, étudie le développement de l’espèce humaine dans la fiction et l’art. Cette fiction, qui n’est selon Volpi que le produit de notre cerveau et de notre pouvoir d’imagination, rend le moi du créateur d’une œuvre et le « tu » de son destinataire plus humains et encore plus complices. En effet, avec le développement des neurosciences, nous savons que notre cerveau ne fait pas la différence entre images réelles et images fictionnelles.

Et si « yo » et « tù » ne sont qu’une conscience fictive ?

Les mystères du cerveau et de la neuroscience ont pu démontrer que cette masse matérielle de cellules invente de façon permanente des idées immatérielles. La fiction est ainsi la base naturelle de notre comportement humain. Notre cerveau stocke les données de notre mémoire mais est aussi une machine à produire le futur. Ainsi, nous êtres humains, nous sommes notre cerveau et nous sommes toujours en train de créer des fictions pour prendre de l’avance sur le futur. C’est bien de là que se déploie  le pouvoir de l’évolution et de la survivance de notre espèce humaine. Notre conscience ne peut exister qu’à travers une fiction artistique, en contact constant avec une autre conscience fictive, qui est celle du lecteur. Nous nous appuyons sur la réflexion d’Octavio Paz dans Piedra del sol qui dit :

«Para que pueda ser, he de ser otro,

Salir de mi, buscarme entre los otros,

Los otros que no son si yo no existo,

Los otros que me dan plena existencia»

Ne pouvant pas faire une carrière scientifique ou musicale, Jorge Volpi se considère comme un scientifique et musicien frustré. C’est en créant son œuvre littéraire, En Busca de Klingsor, publiée en 1999, qu’il vit la vie d’un scientifique et se plonge dans l’ambiance mythique du Parsifal de Wagner. Ayant tous les traits d’un pastiche scientifique, ce roman nous projette dans la vie des scientifiques allemands, sous le nazisme. Guerre scientifique, armement nucléaire, attentat contre Hitler, formalisme matriciel de Heisenberg, mécanique ondulatoire de Schrödinger, etc, la documentation dans ce roman se fait vaste où mathématiciens et physiciens prennent aussitôt des formes identitaires réelles et fictives : le lieutenant et physicien Francis Bacon est chargé par l’armée américaine de découvrir l’identité du scientifique qui se cache derrière le nom codé de klingsor, le mystérieux conseiller du Führer. Il trouve le soutien de Gustav Links, mathématicien fictif et narrateur du roman.

Érudit et aussi astucieux qu’un électron , Jorge Volpi nous laisse tantôt entre les mains d’un narrateur qui ne se dévoile que peu à peu, et tantôt nous invite à prendre part au jeu de la tromperie et de la création littéraire.

Comment à travers ce combat féroce qui s’installe entre narrateur et lecteur, ce pastiche scientifique se fait roman historique, roman à énigme et d’espionnage, où se pose la question des dialogues des genres et où notre réflexion s’oriente vers notre rapport au monde, à la science et à la vérité : causes et origines du mal?

Nous étudierons en premier lieu le dialogue des genres dans En busca de Klingsor, qui nous met face à l’ambiguïté de la construction fictive, face au hasard et à l’ouverture, ensuite nous nous intéresserons aux rapports entre science et littérature dans une «busca de la verdad».

Plan

I. Dialogue des genres, ambiguïté, hasard et ouverture

1) Génération du crack

2) Jeu intellectuel et « broma literaria »

3) « œuvre ouverte » – « lecteur modèle »

4) Voix narrative subjective et énigmatique

5) Dialogue des genres : pastiche scientifique et roman policier

II. Métaphore épistémologique dans une « busca de la verdad »

1) Fiction et science

2) L’art de la connaissance

3) Perversion du savoir et criminalité scientifique

Comme dans toutes les créations artistiques de Jorge Volpi, En busca de Klingsor est le lieu par excellence de l’indépendance du mouvent de l’entité fictive et de la liberté d’expression.

Nous savons que Jorge Volpi s’est fait connaître avec un groupe de jeunes écrivains avec le « manifiesto del crack» où les stratégies d’écriture et de lecture oscillent dans un mouvement de construction et de déconstruction. La vérité est donc constamment manipulée mêlant auto-dérision et provocation : « El crack es antes que nada, una broma literaria, es decir : una broma en serio ».

Cherchant à accéder à une individualité artistique et à se détacher du carcan commercial lié au «boom» des années soixante et du legs du « realismo mágico », l’œuvre se veut complexe avec une accessibilité de plus en plus sélective.

Avec « En busca de klingsor», publiée en 1999, Jorge Volpi impose à la critique son indépendance créatrice, avec des thèmes plus universels et des questionnements sur l’entrée de l’intellectuel dans l’individualisme méthodologique et la prédominance de la subjectivité sur l’objectivité absolue dans tout ce qui a un rapport avec la vison du monde : regard porté sur la société, sur le régime politique mis en place, sur les avancées scientifiques, littéraires et artistique; le tout dans la dialectique norme- anormalité.

Bien que Jorge Volpi avait signé son indépendance créatrice avec En Busca de Klingsor, il garda des liens d’amitié et d’échanges littéraires avec le groupe Crack.

« La broma literaria » est un jeu intellectuel, qui dans un va-et-vient ludique de fabrication et de destruction de sens, renoue avec une tradition d’écriture complexe :

«Las novelas del Crack no son textos pequeños, comestibles. Son, más bien, el churrasco de las carnes: que otros escriban los bistecs y las albóndigas. A la ligereza de lo desechable y de lo efímero, las novelas del Crack oponen la multiplicidad de las voces y la creación de mundos autónomos, empresa nada pacata. Primer mandamiento: « Amarás a Proust sobre todos los otros».

Dans « En busca de klingsor », Jorge Volpi se joue de la narration, des personnages, de l’approche du temps et de l’espace. La fictionnalisation se saisit du réel dans toute son ambiguïté, dans sa construction chaotique et hasardeuse pour entrer par analogie dans une déréalisation qui désarticule la vison commune du monde; nous plongeant dans une réalité extérieure et individuelle. Nous sommes donc face à une nouvelle vision imprégnée par le doute, l’incertitude et le hasard.

Du roman de Volpi, se dégage une perception dominante de l’ambiguïté, représentative de la répression du monde et de la civilisation sur l’individu. En effet, avec les nouvelles découvertes de la science et la révolution de la physique quantique, le malaise épistémologique se fait sentir en littérature avec les notions de l’étrange, de l’inconnu, de l’autre de l’absolu, liées au sentiment d’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche).

Jorge Volpi, dans En busca de Klingsor, nous guide par là même sous les lumières mouvantes des nouvelles lanternes de l’indétermination et de la suspension de sens. Les contours et catégories littéraires longtemps instaurés s’effacent et les frontières entre réalité et fiction se brouillent avec la mise en avant du « juego » des parodies ludiques. La connaissance se fait désormais par le biais de l’incertitude : doute et connaissance deviennent les deux faces d’une seule pièce. Nous citons les paroles de Pedro Angel Palou dans le manifeste du Crack : «Las novelas del Crack no nacen de la certeza, madre de todos los aniquilamientos creativos, sino de la duda, hermana mayor del conocimiento. No hay, por ende, un tipo de novela del Crack, sino muchos; no hay un profeta, sino muchos.»

Les notions de multiplicité des nouvelles du Crack ont été rapprochées avec « l’œuvre ouverte » d’Umberto Eco. Cette notion d’ouverture rejoint les tendances de l’art contemporain. C’est un choix artistique qui met l’inachevé au centre des approches de la psychologie cognitive et des activités constructives du sujet. Les poétiques d’ouverture sont à rapprocher des avancées de la physique quantique, des notions de discontinuités et des théories d’Einstein.

« L’œuvre ouverte » interpelle un « lecteur modèle » qui devrait identifier dans un seul texte plusieurs genres, diverses poétiques, différentes aventures et énigmes. Une part de non-dit constitue un signal implicite envoyé à l’activité consciente et inconsciente du lecteur. Ce dernier, par conséquent, coopère activement à la construction de l’œuvre grâce à son propre matériau cognitif. Il est à la fois lecteur, chercheur, enquêteur et en fonction de sa vision du monde, il invente sa propre interprétation. Cette interprétation donne lieu à de multiples tentatives d’explications et d’élucidations. Il s’en suit une réserve inépuisable de significations qui remet en question les valeurs établies du signifié unique. Avec un message aux multiples signifiés indistincts, discontinus, indéterminés, le sens évolue parallèlement avec le mouvent aléatoire du « azar » et de la science. Nous citons la phrase célèbre d’Einstein : « Je refuse de croire en un Dieu qui joue aux dés avec le monde».

Le hasard et l’aléatoire ont fait de En busca de Klingsor, une œuvre imprévisible, riche en significations avec une complexité et une ouverture poussées à leur extrême limite. Mais nous savons tous que chaque forme de liberté artistique ne doit pas dépasser un certain seuil de désordre. Car au delà, l’œuvre peut être confrontée au bruit et à l’absurde. La limite de cette liberté fait toute la singularité de l’œuvre mais aussi la singularité de son lecteur.

Chacun pourra interpréter En busca de Klingsor comme il voudra, en faisant jouer son imagination et en domestiquant son angoisse devant la dialectique entre limite et manque de limite.

Nous essayerons d’en apporter une illustration en étudiant la subjectivité de la voix narrative dans En Busca de Klingsor : Une inquiétante entité qui se cache derrière la voix du mathématicien Gustav Links dirige la narration :

«Me propongo contar, pues, la trama del siglo. De mi siglo. Mi versión sobre cómo el azar ha gobernado al mundo y sobre cómo los hombres de ciencia tratamos en vano de domesticar su furia.»

On voit ici que la trame narrative de l’œuvre est étroitement liée avec la vision subjective du siècle historique et scientifique. Dès le début, le narrateur marque les règles du roman à l’instar d’un jeu régulé par les trois textes intitulés « Lois » qui précèdent chacun des trois livres qui divisent le roman.

Nous établirons un parallèle entre «leyes del movimiento narrativo» et «leyes del movimiento criminal». La narration devient en soi un acte criminel manipulé par une intelligence artificielle, égarée dans les jeux et reproductions mimétiques du réel. Le cerveau humain devient alors une machine à produire des idées. Ces idées finissent par gouverner l’écrivain et par piéger le lecteur. Les neurones du cerveau du créateur, appelées par Jorge Volpi « neuronas espejo », prises dans le piège de la réalité et de la fiction, agissent à son insu et dictent ses mots. La prise de conscience du « yo » n’est plus, dans ce cas, qu’une autre création illusoire du cerveau. Qu’il soit écrivain, scientifique ou enquêteur, pour lui, la vérité est toujours troublée par le brouillard du mensonge et de l’imagination. Jorge Volpi désigne cette faculté créatrice, dans l’épilogue de En leer la mente, par « la mente criminal del escritor ».

Le narrateur dans En busca de Klingsor ne cesse de mentir et à travers la présentation subjective de ses lois narratives, il jette les bases de la criminalité narrative. Nous citons Volpi dans En leer la mente : « Éste es mi crimen : imaginar, así, que no estoy solo».

Par conséquent, la trame dans En busca de Klingsor avance de témoignages en témoignages, de conflits en conflits et les stratégies parodiques nous malmènent dans  différents stratagèmes. Nous nous plongeons directement dans une insondable énigme. D’emblée le roman commence avec l’ « opération Valkyrie » et les séries de crimes visionnées par Hitler durant ses projections privées, ce qui inscrit la trame dans une réflexion fictionnelle sur le mal; une structure caractéristique du genre policier.

Avec l’introduction de ce crime initial, la diégèse n’avance pas encore dans un processus logico-déductif propre au roman à énigme. La vraie investigation ne commence qu’avec les pistes présentées pour démasquer l’identité de Klingsor dans un contexte de l’immédiat après-guerre. Cet élément semble venir légitimer le genre et parodier le pacte de lecture du roman policier. Borges avait signalé que le genre policier avait inventé un type de lecteur qui a des soupçons sur tout.

Nous rappelons que le genre policer avait pris naissance au siècle précédent à l’époque du positivisme, de la foi profonde en la raison et de la volonté de parvenir à la connaissance grâce à l’expérience scientifique. La fiction s’imprègne donc de la sémiologie médicale et des sciences naissantes telle que la psychanalyse.

Denis Mellier parle de « fiction de la raison positive » où surgit la volonté illusoire de résoudre de manière objective toute énigme avec le biais de la logique pure et de la connaissance totale du réel.

Conan Doyle, qui était lui même médecin, s’en inspira. Nous trouvons, dans En busca de Klingsor, à travers le duo énigmatique formé par le physicien Francis Bacon et le mathématicien Gustav Links, une parodie du couple Holmes-Watson. Cependant le contexte historique est différent, surtout avec les avancées de la science et de la physique quantique. Le doute et l’incertitude planent sur une trame narrative où seule la subjectivité du narrateur devient l’unique vérité vers laquelle est guidé le lecteur.

La logique déductive est ainsi détruite, ce qui met en échec l’image tant idéalisée dans le genre policier de la raison positive. Face aux incertitudes, les déductions liées au genre deviennent impossibles et à un signifiant ne correspond plus un seul signifié. Un récit sombre transpose dès lors, sur sa propre structure, les théories scientifiques traitées dans la période historique du roman.

Il est important par conséquent de s’intéresser aux rapports entre fiction et science et aux changement dans le récit. Des changements qui vont de pair avec le changement de la façon d’aborder le réel.

Jorge volpi cite, fréquemment, son admiration pour l’écrivain américain Paul Auster. Mais si pour l’un l’art, la culture et la science sont étroitement liées, pour l’autre l’œuvre fictionnelle n’a aucune fonction et les nouvelles ne servent tout juste à rien.

Pour Paul Auster, la fiction littéraire et toute autre manifestation artistique n’ont d’autre fin que le plaisir esthétique. Certes, au fil de l’histoire, l’art avait eu une fonction décorative et religieuse mais une telle affirmation, pour Volpi, résonne comme une idée absurde et hérétique.

La fiction littéraire, pour ce dernier, n’est pas une entité hasardeuse qui nous suit dans notre évolution, en tant qu’êtres humains. Elle est, bien au contraire, un produit de notre conscience, qui nous aide à survivre, à comprendre notre propre comportement, à prévoir celui l’autre mais surtout et avant tout à protéger notre espèce humaine. Jorge Volpi préfère croire que la fiction puise ses racine à l’âge où le premier Homo sapiens avait fait ses premiers pas sur la terre. Nous citions ce dernier dans En leer la mente : «El arte no sólo es una prueba de nuestra humanidad : somos humanos gracias al arte.»

Plus tard, la science cognitive a pu démontrer que, depuis toujours, l’homme ne perçoit pas uniquement l’ensemble des éléments du réel qui l’entoure mais qu’il est toujours en train de recréer, de manipuler et de réordonner les artifices de ses propres créations mentales. Nous pouvons dire même, qu’à un certain stade de la création artistique, le réel ne peut être vraiment perçu qu’à travers l’illusion du réel. La vraie reproduction humaine ne se produit donc que dans la fiction.

Dans En busca de Klingsor, le pacte fictionnel facilite la réception du mensonge entre immersion mimétique et modélisation analogique. Le lecteur sait selon les paroles de vargas llosa que ce genre de mensonge crée sans arrêts des vérités. Cependant les identités des personnages dans le roman de Volpi se brouillent : Des personnalités scientifiques réelles intègrent la fiction et rejoignent des personnalités fictives.

La criminalité fictionnelle devient l’illustration principale du réel. C’est en quelque sorte, à travers la fiction, que nous redécouvrirons les figures scientifiques majeures du siècle évoqué dans le roman de Volpi.

L’époque décrite dans En busca de Klingsor, représente un des moments les plus remarquable de l’histoire de la science, plus précisément en l’Allemagne des débuts du XXème siècle. Les grandes réalisations dans les domaines de la physique, des sciences techniques et des sciences naturelles ont révolutionné tout le paysage scientifique européen. L’idée du savoir pour la connaissance prend naissance et ce goût effréné pour l’apprentissage et la découverte sera étroitement lié avec la recherche de la conscience ou d’une réalité consciente.

Émerveillés face à l’ère du savoir, les chercheurs entrent dans une quête infatigable de la connaissance et de la résolution de tous les mystères de l’univers. Nous citons les mots de Max Planck dans En busca de Klingsor : « los misterios estan ahi para que nosotros los resolvamos. Para darle sentido a nuestra existencia»

Imprégné par cette sémiologie scientifique, le narrateur, dans en Busca de klingsor décrit le mouvement de sa naissance à travers une métaphore géométrique :

« Ubico mi nacimiento en el mapa de mi imaginación como un pequeño punto dibujado en el centro de un plano cartesiano.  Hacia arriba en el eje de las y, está todo lo positivo que me ha ocurrido; en contraposición,  hacia abajo descubro mis desventuras, mis retrocesos y mis requisitos. A la derecha, en el eje de las X, encuentro los actos que me definen, aquellos que voluntariamente he convertido en el centro de mi vida – deseos, anhelos, obsesiones  – mientras que, a la izquierda, yacen esas porciones de mi ser que me han modelado contra mi voluntad o mi conciencia […] ¿ cuál sería el resultado final de un ejercicio como éste? ¿Qué forma aparecería en medio de la hoja? ¿Sería posible trazar las coordenadas que he recorrido a lo largo de mi trayecto? ¿ y obtener, a partir de esa línea, la fórmula que resuma en cuerpo y Alma? 

Le champ lexical relatif à la science dirige le récit et le discours : nous pouvons citer les termes : «leyes», «hipótesis», «disquisición»,etc. D’un autre côté ce vocabulaire scientifique est vite rapproché de la notion du mal et de la criminalité :

  […] La asociación entre ciencia y crimen me parece natural. Me explico : por definición, la ciencia no conoce límites éticos o Morales. No es más que un sistema de signos que permite conocer el mundo y actuar sobre él. Para los físicos, para todos los físicos- y para los matemáticos, los biólogos, los economistas-, la muerte de hombres y mujeres sólo es un fenómeno más entre los miles que se producen a diario en el universo. « 

 ¿Qué es el electrón? Los físicos lo ven, antes que nada, como a un gran criminal. Un sujeto perverso y astuto que, tras haber cometido incontables y atroces delitos, se ha dado a la fuga. Sin duda es un tipo listo, y todos los esfuerzos por localizarlo se estrellan con sus tácticas de evasión […] cómo atrapar a alguien así? ¿Cómo reconocerlo? ¿ cómo averiguar sus intenciones ocultas? ¿cómo prever adónde se dirige, dispuesto a burlarnos de nuevo? ¿Cómo detener su movimiento perpetuo? No creo exagerar si digo que, en efecto, otro de los nombres del electrón podría haber sido Klingsor.

Il est judicieux de rappeler que le troisième Reich avait vu la naissance, au même temps, de l’empire de la science et de l’empire du mal. En effet, la découverte de très importantes lois de la nature n’a pas été sans conséquences. Il suffirait d’évoquer à titre d’exemple, l’implication des découvertes de la physique quantique et des avancées scientifiques sur la création de la bombe atomique et du racisme biologique.

Source de mal ou de perversion la science oscille entre un désir de perfection qui cherche à lutter contre les médiocrités de la vie quotidienne et une perversion qui met le savoir au service du mal. Ces cerveaux éclairés cherchent à combattre l’ennui existentiel et à satisfaire une curiosité instinctive et vaniteuse. Le fait de se mettre au devant de la scène avec des pratiques et des jeux dangereux leur procure un pouvoir divin. Ils prétendent à la divinité et cherchent à concurrencer les lois de la nature.

Nous citons dans l’œuvre de Volpi, la figure de Klingsor qui est comparée avec le démon, à travers une interrogation de Bacon : « ¿Decía que klingsor era una especie de demonio?»

Toute la trame du roman tourne ainsi autour de l’énigme qui se cache derrière cet être machiavélique qui a utilisé son savoir scientifique pour sacrifier des milliers de vies humaines.

Mais derrière cette «busca de Klingsor », se cache une «busca de la verdad» : avec l’évolution de la physique quantique et les fameuses relations d’incertitude de Heisenberg, une inquiétante indétermination déstabilise notre rapport à la réalité.

Dans une lutte d’interprétations, on cherche à donner un sens à l’organisation de la matière, pour sortir de ce cercle d’incompréhensions de notre réalité et de notre propre réalité humaine :

« […]Si en la ciencia, en la física y en las matemáticas no es posible llegar a una certeza absoluta ¿por qué nosotros insistimos en encontrarla? ¿Por qué la perseguimos con tanto denuedo? […]La verdad es tan ambigua como una proposición  indecidible, tan esquiva como un electrón, tan incierta como una paradoja… »

Pour conclure, nous pouvons remarquer que Le roman de Volpi En busca de Klingsor commence avec l’exclamation ¡ Basta de luz! qui fait écho avec le fameux Mehr Licht ! de Goethe. Nous dirons donc que la balance entre science et morale semble ne pas encore trouver l’équilibre.

 Vérités ultimes des sciences positives et vérités indéterminables de la physique quantique restent, au fil des siècles, insaisissables et impalpables.

 Klingsor devient, dans un jeu dangereux avec les lois de la nature, le Faust du XXème siècle.

Bibliographie

Œuvres de Jorge volpi

-VOLPI Jorge, En busca de Klingsor, Barcelona, Seix Barral, 1999.

-VOLPI Jorge, Leer la mente : el cerebro y el arte de la ficción, Madrid, Alfaguara, 2011

Critiques et ouvrages historiques et théoriques

-BAKHTINE, Mikhail, Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard, nrf, 1984. 

Eco Umberto, L’œuvre ouverte, Paris, Seuil, 1965

FERRARI Jerôme, Le principe, Arles, Actes Sud, 2015

-FREUD, Sigmund, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard.

-GENETTE, Gérard, Figures III, Paris, Coll. Poétique, Seuil, 1972.

-José Manuel López de Abiada; Félix Jiménez Ramírez; López Bernasocchi Augusta (éd.), En busca de Jorge Volpi. Ensayos sobre su obra, Madrid, Verbum, 2004. 

Les littératures d’Amérique Latine au XXe siècle : une poétique de la transgression ? (sous la direction de Laurent Aubague, Jean Franco, Alba Lara-Alengrin), Paris, l’Harmattan, 2009

-PICARD, Michel, La lecture comme jeu, Paris, Les Editions de Minuit, Coll. Critique, 1986.

-Sara Calderón, De l’esthétique de l’ambiguïté dans la fiction de Jorge Volpi, Université François-Rabelais- Tours, décembre 2006. Editée chez l’Harmattan.

Werner Heisenberg, La partie et le tout. Le monde de la physique atomique. Souvenirs (1920-1965), Paris, Flammarion, coll. Champs, 1972. 

Articles 

– Lepetit Bernard. Josiane Olff-Nathan (dir.), La science sous le Troisième Reich. Victime ou alliée du nazisme ?. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 48ᵉ année, N. 2, 1993. pp. 409-410.

– Sara Calderon, « Le genre policier, une ressource narrative de A la recherche de Klingsor de Jorge Volpi », Cahiers de Narratologie [En ligne], 29 | 2015

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