Le coin littéraire

Marius William – La Fin Face A: La malveillance

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Présentation

Date de parution21/02/2020
EditeurLibrinova
Format14cm x 21cm
Nombre de pages476

Résumé

La Fin est l’histoire de William, un homme de 38 ans qui souffre.Un professeur. Alors il écrit. La fin est un premier roman dérangeant, vertigineux, un roman malade, un roman en deux faces qui, brouillant nos perceptions et nos certitudes, mise sur l’intelligence et le ressenti du lecteur. Dans un style très assuré, le cocktail détonnant – et follement original – que l’auteur a préparé mêle le récit cru, hilarant et dérangeant de la sexualité de William, la novlangue d’un capitalisme managérial éco-socio-responsable, les références d’une adolescence nineties et d’une jeunesse qui résiste à se dissoudre ; l’itinéraire passera par la série Game Of Thrones, l’Islande, la Croatie, le groupe Oasis, Stanley Kubrick, David Bowie – entre autres – le tout hanté par une Éducation Nationale aussi névrosée que les personnages qui peuplent cette quête d’un amour perdu ou (re) trouvé.

En nous narrant un passé qui a ou aurait pu être vécu dans lequel les différents acteurs des irrépressibles douleurs – et espoirs – se superposent, la face A nous met face aux pièces de ce mystérieux et passionnant puzzle qu’est La Fin.


La face b entraînera le lecteur au cœur du réacteur de la folie. Elle sortira lorsque l’hiver aura pris fin.

Des extraits du roman

Extrait n°1 :

La fin les avait fait remonter.

Quand j’étais jeune adolescent, j’ai fait mon premier grand voyage dans le grand nord, là où le soleil ne se couche plus l’été et reste à caresser la ligne d’horizon au cœur de la nuit.

Plus tard dans ma vie, je suis allé un peu plus au sud, l’été, toujours, là où la nuit ne tombe plus. Pour autant, le soleil n’est plus visible au cœur de la nuit. Il y fait encore jour pourtant. Pas plein jour. Non. Un jour gris.

C’est cette nuit où je m’étais levé, car je n’arrivais pas à trouver le sommeil, que je comprenais enfin ce que vieillir signifiait.

Vieillir, c’est la nuit du Nord en été. C’est se situer entre le jour et la nuit, incertain.

À mesure que l’on descend au sud, l’obscurité recouvre de plus en plus la clarté au cœur de la nuit.

Et puis, un jour, à une latitude indéterminée qui change perpétuellement, soudain, on ne voit plus rien.

Ce jour-là, il avait 38 ans. 

Extrait n°2 : 

Le fait d’être enfant unique, c’était probablement de là que lui venait sa haine viscérale de Twitter, la dictature des 140 caractères, la parodie de démocratie directe : on fait semblant de considérer votre avis éclairé sur des sujets auxquels vous connaissez que dalle, on fait le buzz, mais on ne fait rien surtout, #jesuiscitoyen, la complexité d’une pensée (mais peut-être était-il le seul à avoir une pensée aussi complexe, peut-être son grand-père ou sa mère ?, non, il était le pire des trois, et de loin) résumée en 140 putains de caractères, c’était la fin de la civilisation.

En ce temps, William ne pouvait pas encore faire une telle analyse, mais, quelques années plus tard, alors adolescent, il commençait à comprendre peu à peu une des raisons qui expliquaient son amour indéfectible pour les frères Gallagher du groupe anglais Oasis.

La relation fraternelle qu’il ne pourrait jamais connaître.

Plus tard, ce groupe alors disloqué – les deux frères ne se supportant plus – serait comme un reflet du conflit intérieur qui le tiraillait. Liam Gallagher, le petit frère qui avait incarné en se contentant de la chanter (mais quelle incarnation !) la sensibilité de son aîné cristallisée dans ses mélodies éternelles, Liam le teigneux, le charismatique, le magnétique, le réactionnaire qui ne voudrait jamais accepter son époque et s’obstinerait à faire un rock passéiste à peine modernisé par les requins de studio, celui qui refuserait de vieillir, insultant son grand frère s’aventurant dans des territoires musicaux plus modernes et expérimentaux, fucking cosmic pop, estimant peut-être que le rock était le symbole d’une jeunesse dans laquelle il ne vivait plus.

Alors que William était âgé de huit ans, sa mère tomba enceinte, et ses parents proposèrent un vote pour savoir si l’on gardait ou pas son futur petit frère ou sa future petite sœur.

On avait là l’ancêtre de la démocratie totale à la Twitter, et même de la démocratie participative chère à Ségolène Royal, la folle, même l’ami gaucho de ses grands-parentsétait d’accord, moi mon père était marin pêcheur, je voterai toujours à gauche !, mais quel niveau de connerie il faut pour atteindre pour dire une telle connerie ! ! !, ou le reliquat d’une république démocratique, populaire, et bienveillante.


3e extrait : 


(…) oui, la nuit de leur première levrette osmotique, absolue, cet absolu qu’ils parviendraient à transcender à chaque fois encore davantage lors de la fin désormais évidente, la fin animale, la fin bestiale de leurs baises de plus en plus féroces, c’est cette nuit-là qu’il avait vu Dieu pour la première fois dans ce noir aussi total que l’étaient les cheveux d’Elsa, Dieu dont il ne pouvait plus douter de l’existence car Il leur montrait là la preuve irréfutable de sa présence, à travers eux, à travers ce tout qu’ils formaient et qui espérait, qui projetait, qui ne pouvait que, un jour, offrir la vie.


4e extrait : 

Le 16 août, nouvelle date de la rentrée des enseignants depuis la réforme Blanquette 3 visant à reconquérir l’espace estival au service de la mise en place de bonnes pratiques de collaborativité, la date de la rentrée des apprenants restant, quant à elle, inchangée, William est d’une humeur exécrable à cause de Jean-Michel, son ministre, qui a discrétos fait passer le décret le 22 juillet, après que la loi a été votée par quatre députés puis trois sénateurs le 16 juillet (plan dit d’accélération de la vie démocratique).

Cela n’était pas sans lui rappeler la réforme des pondérations des HSA (heures supplémentaires année) effectuées en classe de BTS lorsque Benoit Hamon était ministre de l’Institution. Couplée avec la refiscalisation des heures supplémentaires sous le mandat de François Hollande (les professeurs, qui votaient encore majoritairement à gauche était l’une des rares catégories de la population active à effectuer de manière structurelle des heures supplémentaires, c’est pour cela qu’il estimait, à raison, que Nicolas Sarkozy était celui qui avait le plus pour le pouvoir d’achat des enseignants, ce qui avait le don d’agacer aussi bien ses grands-parents que l’intégralité de la salle des profs) ; ces mesures de justice sociale avaient fait perdre à William près de 50% de la rémunération pour ces dernières, sans que ces mesures ne scandalisent le SNES, et notamment André – dit Dédé en salle des profs – le délégué syndical représentant ce syndicat de gauche (et qui était depuis toujours opposé à l’idée de toute heure supplémentaire), lequel était par ailleurs gavé d’heures supplémentaires, mais pour une cause noble de service public universel, et juste, l’animation de l’atelier « envoyer la cavalerie dans le supérieur », en réalité des cours de maths renforcés, destiné aux élèves voulant entrer en classe préparatoire maths sup – mais attention, dans le public, c’était la condition pour en bénéficier.

(…) le statut de pré-retraité pédagogique concerne les professeurs de plus de 65 ans et les exonère du travail collaboratif entre enseignants et des nombreuses réunions, conseils de classe compris, et les autorise à utiliser exclusivement un seul manuel du commerce comme support de cours et d’évaluation, moyennant une réduction de moitié de leur traitement, ce dispositif expérimental qui rencontre un vif succès sera bientôt étendu à tous, l’Institution connaissant de sérieux problèmes dans le recrutement (…)

Jamais de toute sa vie il ne prendra autant de plaisir à une séance d’ateliers, lui qui fait une crise d’urticaire quand, lors des journées de formation, après une matinée Powerpoint durant laquelle les inspecteurs sont aussi paumés que les professeurs réunis, ils doivent subir une après-midi où on ne les forme pas, où ce sont eux, les professeurs exécutants, qui doivent créer des supports pour une réforme que personne, et encore moins ceux qui y ont participé, ne comprend, avant une synthèse collaborative à laquelle, après 11 ans de métier, il n’a jamais, jamais, pu contribuer, non qu’il s’en aille à 15 h 00 comme bon nombre de ses collègues après avoir émargé, mais à cause du retard pris le matin et l’après-midi à cause des questions des professeurs qui n’écoutent pas et des conflits avec les inspecteurs qui n’écoutent pas non plus les questions des professeurs.

(…) 16h22, on s’arrête là, on a pris un peu de retard, on est vraiment désolés de ne pas avoir eu le temps de réaliser la synthèse collaborative, mais je pense qu’on a été dans le bon sens aujourd’hui, go forward comme le dirait Lucien Chapellel, mais non c’est pas le nouveau ministre, c’est le secrétaire d’Etat à la digitalisation de l’École, vous avez bien noté vos adresses académiques ? Oui, ou personnelles, si l’adresse académique ne fonctionne pas… Dès ce soir, on vous envoie les diaporamas de la journée de formation. Non, ils ne seront disponibles sur la plateforme pouruneécoledigitale qu’à la rentrée des apprenants, les responsables éditoriaux de la plateforme sont en vacances. Bonne soirée, merci à tous pour vos contributions.


5e extrait : 

Le génie du film repose sur l’utilisation de la forme, d’une beauté à couper le souffle – les couleurs chaudes, les lents mouvements de caméras, les volutes de fumées filmées au ralenti, la musique envoûtante – au service du fond, montrer ce que sont l’amour et ses hésitations, mais également ses regrets. Car le film est profondément mélancolique. Il ne se terminera pas bien, alors que tout aurait peut-être été possible. Vient alors la période des regrets, des secrets enfouis que l’on n’a jamais su exprimer, et avec lesquels il nous faudra (sur) vivre. Elle partira loin de lui. Il regrettera éternellement de ne pas avoir fait ce qu’il aurait dû et qui l’aurait rendu heureux. (voir 2046, la suite). La fin du film, se déroulant au temple d’Angkor, est à ce titre incroyablement poignante dans la gravité et la nostalgie qu’elle dégage. Le personnage principal chuchote son secret – le grand amour qu’il a perdu, suppose-t-on – au fond d’un trou creusé dans les murs des ruines d’un temple, et le rebouche pour garder le secret enfoui à jamais.

On peut alors comprendre le film de deux manières. De manière pessimiste (celle du réalisateur probablement), l’amour est impossible, il arrive soit trop tôt, soit trop tard (voir 2046), ou refuser ce constat – ce qui n’empêche pas d’aimer le film, cette critique en est la preuve – en considérant, à l’inverse, que les regrets étant éternels, il faut tout faire pour les éviter, et savoir saisir l’amour lorsqu’il est près de nous.

William repenserait plus tard à ce texte, et se dirait deux choses.

La première serait une séance d’autosatisfaction de sa mise en abyme par anticipation, qui lui permettrait d’enfouir plus profondément encore que ne le fait Tony Leung dans In The Mood For Love, et encore plus profondément encore que William ne l’avait déjà fait, son secret dans les zones les plus ensevelies de son cerveau, pour se le rendre définitivement inaccessible.

La seconde serait que ce texte serait toujours le plus beau qu’il écrirait jamais, même s’il pouvait prétendre le contraire, car le seul qui a été immédiatement compris par celle pour lequel il l’avait écrit, le plus pur, le premier.

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